Il y a tout juste cinq ans, il créait sa propre marque aux trois initiales : LGN. C’est en 2021 que Louis Gabriel Nouchi a ouvert sa propre boutique, rue Oberkampf, à Paris, dont la cabine d’essayage n’est autre qu’une bibliothèque. Le studio de création est juste au-dessus. Immersion, introspection vestimentaire de plus en plus partagée : désormais, 50% de la clientèle est féminine. Derrière la façade noire, les livres sont rangés, anonymes, tranche à l’envers, une manière pour chacun(e) de se les approprier, dans la surprise d’une découverte. Murakami, Camus, Kafka, Yourcenar, font partie des auteurs favoris de Louis Gabriel Nouchi, un ancien élève de la Cambre, qui a commencé sa carrière chez Vogue, puis chez Raf Simons. Parcours haut la main, irréductible donc à la tablette et à la lecture numérique.

« Traduire des sentiments », dit-il à propos de son métier. « Quand je touche un tissu, je sais tout de suite ce que je vais en faire ». Pas de matières rugueuses, ou d’entoilages cartonnés. Ses dessous « nude » pour homme, comme des chemises, ont conquis un public en quête de confort remarquable. Sur ses dessins de l’hiver 2022, le corps bouge, les mains dans les poches, empoigne le revers d’un manteau ouatiné.

LGN ? Un trait de crayon, ou plutôt une allure, avec pour fil conducteur de la saison, Les Paradis artificiels de Baudelaire, la nostalgie d’un Paris de fête, au sortir des boites de nuit. Entre intérieur et extérieur, le manteau devient peignoir, robe de chambre d’écrivain liftée sans apprêt. Sous une veste de jersey déconstruite, un body filé comme un bas, un autre, en acétate tricoté, presque liquide. L’œil devient tactile, avec un sweat shirt sur lequel Louis Gabriel Nouchi a fait reproduire des vraies fausses taches de sueur. Le papier marbré de l’intérieur d’un livre devient motif ; ton sur ton, une fleur d’opium se dilate dans l’amplitude d’un geste.

Insister sur la viscose, « parfaite pour la thermorégulation », des vêtements « cross over », chemise, pantalons-pyjamas parfaits pour le « home office », autant d’obsessions devenues signature évolutive : « Le trou à l’encolure, c’est un défaut contrôlé, une zone d’équilibre dans le déséquilibre, l’imperfection, la vie » assure Louis Gabriel Nouchi. Sous son bras gauche, il a fait tatouer trois mouches (en référence à la pièce de Jean Paul Sartre), sur son biceps droit, ZONE, en lettres capitales, titre éponyme du célèbre poème d’Apollinaire : « C’est toujours près de toi cette image qui passe ».

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