lun. Juil 22nd, 2024

Pour la première fois, l’UNESCO a fédéré les experts du patrimoine matériel et du patrimoine vivant lors d’une conférence internationale co-organisée avec l’Italie. Elle a abouti à l’adoption de l’Appel de Naples qui demande notamment aux Etats membres de l’UNESCO d’associer étroitement les populations locales et les peuples autochtones aux politiques de gestion des sites.

Cette semaine, Naples a fait figure de capitale de la culture, en accueillant une conférence internationale de l’UNESCO. Pour la première fois, une centaine d’experts du patrimoine matériel et du patrimoine vivant, originaires des différentes régions du monde, ont travaillé ensemble à faire converger les politiques mises en œuvre pour la protection des sites et pour la sauvegarde des pratiques culturelles immatérielles.

« Les sites du patrimoine mondial sont aussi bien souvent des sites vivants, et ils doivent le rester. Au XXIe siècle, il n’est plus possible de gérer les sites patrimoniaux sans penser dans le même temps aux conséquences pour les populations qui les habitent et pour les pratiques culturelles qu’elles incarnent. La prise en compte des droits et aspirations de ces populations doit être la boussole des politiques culturelles », a appelé Audrey Azoulay, Directrice générale de l’UNESCO.

C’est notamment le sens de l’initiative conduite par l’UNESCO pour « Faire revivre l’esprit de Mossoul » en Irak, où l’Organisation reconstruit les monuments, mais soutient aussi la vie culturelle et intellectuelle, l’artisanat et les métiers d’art. C’est également le sens des interventions de l’UNESO face aux situations de crise, comme au Yémen, avec la formation des jeunes à la réhabilitation du patrimoine, et en Ukraine, où les mesures d’urgence allient la mise en sécurité des sites, l’accompagnement des artistes et la sauvegarde des pratiques culturelles.

 

11 engagements adressés aux 194 Etats membres de l’UNESCO

Cette conférence a abouti à l’adoption d’un Appel à l’action adressé aux 194 Etats membres de l’UNESCO. Il définit onze grands engagements pour assurer la protection et la transmission des patrimoines sur le long terme. Il insiste notamment sur l’adaptation au dérèglement climatique, la mise en place de politiques de tourisme durable – en opposition au tourisme de masse – et la nécessité d’associer et de veiller au bien-être des communautés locales et des peuples autochtones qui vivent dans et aux abords des sites patrimoniaux.

« Aujourd’hui, la première menace contre le patrimoine est le dérèglement climatique. Cela est particulièrement vrai sur les rives de la Méditerranée, où presque tous les sites du Patrimoine mondial de l’UNESCO pourraient être engloutis par la mer d’ici la fin du siècle. Nous devons accélérer nos efforts pour protéger la biodiversité », a appelé la Directrice générale, alors que la COP28 s’ouvre ce jeudi à Dubaï.

« Mais le dérèglement climatique n’est pas la seule menace », a pointé Audrey Azoulay. « Le tourisme de masse et la pression urbaine mettent également en danger les sites et la biodiversité, privant parfois les populations locales de leurs droits, et même de leur identité », a-t-elle alerté.

 

Faire converger les Conventions de l’UNESCO

Pour relever ce défi, l’UNESCO a modernisé ces dix dernières années les lignes directrices de la Convention du patrimoine mondial, qui fixe désormais comme priorité la nécessité d’associer les populations locales et les peuples autochtones à la gestion des sites, et de veiller à l’amélioration de leurs moyens de subsistance.

L’UNESCO travaille aussi avec ses partenaires pour changer la façon dont les touristes découvrent les sites du patrimoine mondial – en encourageant des déplacements plus lents, une meilleure connaissance des sites et une expérience plus approfondie des cultures locales. L’Organisation a par ailleurs développé des outils et des programmes de formation – notamment avec le soutien de l’Italie – pour permettre aux gestionnaires de sites d’anticiper et de mieux gérer les flux de visiteurs.

L’Organisation veut également rapprocher la Convention du patrimoine mondial et la Convention pour la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel. « Cette convergence, c’est déjà la réalité quotidienne sur le terrain, c’est le sens premier de l’action de l’UNESCO et c’est le travail de fond que nous devons mener ensemble pour faire évoluer les instruments juridiques internationaux », a expliqué la Directrice générale lors d’un discours au Palazzo Reale.

 

Un plan ambitieux pour restaurer le centre historique de Naples

En marge de la conférence, Audrey Azoulay est allée jeudi à la rencontre des habitants du quartier populaire de Rione Sanita qui portent des projets culturels à fort impact social. Réunis au sein de la coopérative La Paranza, ils documentent l’histoire du quartier, restaurent des maisons historiques et développent un tourisme ancré dans la vie locale. La coopérative forme notamment des jeunes sans emploi à l’organisation de visites touristiques qui mettent en valeur la population et font découvrir les commerçants et artisans du quartier.

La Directrice générale a aussi visité le centre historique de Naples, inscrit depuis 1995 sur la Liste du patrimoine mondial. Le Maire, Gaetano Manfredi, lui a présenté le plan de réhabilitation des rues et monuments qui est en cours de mise en œuvre par la municipalité, avec le soutien de la région et du ministère italien de la culture. Une dizaine d’opérations ont été conduites ces dernières années et une dizaine d’autres s’achèvera en 2024.

L’UNESCO poursuit son travail de protection et de valorisation du patrimoine de Naples sous toutes ses formes. En mai dernier, l’Organisation a inscrit les Archives de l’ancienne banque publique napolitaine sur le registre Mémoire du monde, qui recense le patrimoine documentaire mondial. En 2017, l’art du pizzaiolo napolitain avait également rejoint la Liste du patrimoine culturel immatériel de l’humanité.