Après le pape Léon XIV et Céline Dion, les gants de Millau veulent conquérir l’UNESCO au Salon du Made in France

À l’occasion du Salon du Made in France, du 12 au 15 novembre à Paris, le Département de l’Aveyron mettra en lumière une filière qui relie élevage pastoral, transformation des matières naturelles et fabrication de gants. La candidature des savoir-faire liés à la ganterie en Pays de Millau vise une reconnaissance au patrimoine culturel immatériel de l’humanité de l’UNESCO, avec pour objectif de travail l’horizon 2029-2030, et la volonté d’élargir sa démarche à d’autres territoires de la ganterie.
Un enjeu de transmission, mais aussi d’avenir économique pour une industrie dont les artisans travaillent pour les plus grandes maisons et personnalités internationales.
D’un savoir-faire ancestral aux grandes maisons du luxe
À Millau et dans les territoires environnants, la ganterie s’appuie sur une chaîne de savoir-faire interdépendants : l’élevage des brebis, la connaissance et la transformation des peaux, puis la coupe et la confection du gant. Chaque étape mobilise une expérience de la matière et des gestes qui s’apprennent, se pratiquent et se transmettent.
Maison Fabre, manufacture familiale installée à Millau depuis 1924, est l’une des maisons qui font vivre cet héritage. Beyoncé, Madonna, Jared Leto, Céline Dion… Les créations de la Maison Fabre, sont portées par les plus grandes personnalités internationales. Les gants de la maison sont également associés à la série Emily in Paris, à travers les créations portées par son actrice principale, Lily Collins. Plus récemment, cette ganterie millavoise a conçu une paire exceptionnelle de gants pontificaux destinée au pape Léon XIV, réalisée en collaboration avec la maison parisienne de broderie d’art Maison Duchénoy.
Ces références illustrent une réalité souvent méconnue : la filière ganterie de Millau ne relève pas seulement d’un artisanat traditionnel. Elle s’inscrit dans une filière de production à forte valeur ajoutée, au croisement de métiers rares, de matières naturelles et des exigences du luxe.
L’intérêt des grandes maisons pour les compétences locales témoigne également de cette dimension industrielle. Chanel a notamment pris une participation majoritaire dans la mégisserie Richard en 2016, après avoir acquis le gantier Causse en 2012. Ces implantations et opérations illustrent l’attachement des maisons à des compétences rares et à leur ancrage territorial.
La pérennité de cet écosystème repose sur une exigence commune : préserver les compétences, former de nouveaux professionnels et maintenir des ateliers et des entreprises en activité.
Une démarche collective pour l’avenir du patrimoine vivant
Portée depuis 2019 par l’association Sauvegarde du patrimoine culturel immatériel du Pays de Millau, la démarche collective a franchi une première étape en décembre 2023, avec son inscription à l’Inventaire national du patrimoine culturel immatériel par le ministère de la Culture.
Aujourd’hui, la candidature des « savoir-faire liés à la ganterie en Pays de Millau : élevage pastoral, connaissances et transformation des matières, art de confectionner le gant » souhaite poursuivre cette démarche aux côtés d’autres territoires historiques de la ganterie française, notamment Saint-Junien (Haute-Vienne) et Grenoble. L’ambition est de construire ensemble une candidature nationale à l’UNESCO, avec pour objectif de travail l’horizon 2029-2030.
L’enjeu dépasse largement la confection du gant. Il concerne une filière qui associe les éleveurs, les mégissiers, les tanneurs, les teinturiers, les coupeurs, les couturières et les gantiers. Avant cet élargissement national, le périmètre couvrait déjà six départements d’Occitanie : l’Aveyron, le Tarn, l’Hérault, la Lozère, le Gard et l’Aude.

Quelques chiffres illustrent cet écosystème en Occitanie :
- 1 700 exploitations d’élevage ovin dans la zone considérée ;
- environ 3 500 éleveurs et actifs de la filière agropastorale ;
- jusqu’à 280 structures liées à la transformation des matières et aux produits finis ;
- 5 manufactures patrimoniales dans l’art de confectionner le gant ;
- 18 entreprises membres du Pôle cuir, dont 7 détiennent le prestigieux label d’État « Entreprise du Patrimoine Vivant » ;
- 45 millions d’euros de chiffre d’affaires cumulé et 500 emplois directs pour les seuls professionnels du cuir.
La sauvegarde de ce patrimoine passe d’abord par sa pratique et sa transmission. Elle suppose de donner aux artisans les moyens d’exercer, de former et d’accueillir une nouvelle génération, dans un secteur fragilisé par les difficultés de recrutement, le manque de formations spécialisées et le risque de disparition de certaines entreprises.
La sensibilisation des jeunes est au cœur de cet engagement : faire découvrir les matières, rencontrer les professionnels, comprendre les gestes et ouvrir des perspectives de formation. La démarche vers l’UNESCO s’inscrit dans ce travail de long terme, au service des communautés et de la continuité de leurs savoir-faire.
Olivier Fabre, président de l’association Sauvegarde du patrimoine culturel immatériel du Pays de Millau et président de Maison Fabre :
« Je représente la quatrième génération d’une famille de maîtres gantiers. Cet héritage m’engage : je me considère comme un passeur, gardien d’un savoir-faire familial que j’ai reçu et que j’ai la responsabilité de transmettre. Chez Maison Fabre, ce sont les artisans, leur connaissance des matières et la justesse de leurs gestes qui font vivre la maison. À travers l’association, mon engagement s’étend à un patrimoine collectif, partagé avec les éleveurs, les professionnels de la transformation des matières et les gantiers. Ce patrimoine vivant nous rassemble autour de racines communes et d’un territoire fier de son histoire. La jeunesse est l’une de mes priorités. Nous devons lui ouvrir nos ateliers, lui faire découvrir ces métiers et lui donner les moyens de les apprendre et de les faire évoluer. C’est le sens de la démarche que nous souhaitons poursuivre avec les autres territoires français de la ganterie : transmettre un héritage et permettre à une nouvelle génération d’en écrire la suite. »
À propos de la marque « Fabriqué en Aveyron » :
Créée en 2010 et propriété du Département de l’Aveyron, la marque « Fabriqué en Aveyron » est animée et gérée par Aveyron Attractivité Tourisme. Elle fédère 661 entreprises utilisatrices et environ 4 000 produits labellisés. Son comité d’agrément réunit le Département, Aveyron Attractivité Tourisme, la Chambre de commerce et d’industrie, la Chambre de métiers et de l’artisanat et la Chambre d’agriculture.



