Nodie’s, une maison qui dessine sa signature dans le cuir

Pas de logo comme principal signe de reconnaissance. Chez Nodie’s, c’est la forme qui doit parler la première.

Depuis son atelier de Romans-sur-Isère, la maison indépendante développe une maroquinerie contemporaine entièrement fabriquée en France. Cabas, sacs seau, mini-sacs bandoulière, bowling, bananes : toute sa gamme prend aujourd’hui forme dans cet atelier, depuis le dessin jusqu’à la coupe, puis l’assemblage et le contrôle.
Au cœur de son univers, trois créations composent désormais sa ligne de haute maroquinerie : L’Iconique, Côme et Nouvelle Lune.
Un trio relié par le vocabulaire esthétique de Tine, qui fait de l’asymétrie et des courbes les marqueurs de son dessin. Nouvelle Lune en propose une nouvelle interprétation en s’attaquant à une silhouette familière du vestiaire féminin : le sac hobo.
Le hobo, mais à la manière Nodie’s
Souple, féminin, reconnaissable à sa ligne arquée et à son porté épaule, le hobo conjugue naturellement confort, capacité de rangement et allure. Nodie’s souhaitait pourtant s’éloigner d’une simple réinterprétation du classique.
Dessiné et développé pendant plusieurs mois, après des dizaines de prototypes, et une centaine d’heures de développement, Nouvelle Lune reprend ainsi la courbe d’une lune naissante pour construire une silhouette asymétrique et fluide. Il complète les formes baguette et demi-lune travaillées par la maison et répond à une recherche très concrète de ses clientes : associer élégance, praticité et polyvalence.
Le modèle se porte ainsi de trois façons :
- à la main ;
- à l’épaule ;
- en bandoulière.
Mais c’est un quatrième élément qui lui donne une bonne partie de son caractère : sa poignée tressée.

45 minutes dans les mains : le détail qui change toute l’histoire
Il faut s’approcher du sac pour comprendre.
Dans l’atelier de Romans-sur-Isère, les bandes de cuir destinées à la poignée sont d’abord découpées dans les chutes issues de la propre production de Nodie’s. Une matière qui aurait pu rester inutilisée trouve ainsi une nouvelle fonction. Puis vient le tressage : près de 45 minutes de travail manuel pour une seule poignée.
Aucune machine n’intervient dans cette étape. Les bandes sont entrelacées une à une, entièrement à la main. La régularité du tressage dépend du geste, de la tension exercée sur le cuir et de l’expérience de la maroquinière.
Découper. Préparer. Entrelacer. Ajuster.
Derrière la finition se trouve un geste suffisamment long et précis pour raconter à lui seul ce que recouvre concrètement la fabrication artisanale française.
Ce tressage manuel devient aujourd’hui l’un des gestes emblématiques de Nodie’s : non pas un décor ajouté au sac, mais un savoir-faire visible, reproductible seulement par la maîtrise de la main et le temps qu’on accepte de lui consacrer.

Un fil tendu entre le Romans d’hier et celui d’aujourd’hui
Pour Nodie’s, impossible de fabriquer à Romans-sur-Isère sans regarder l’histoire de la ville.
Le territoire a été profondément façonné par la chaussure et la maroquinerie.
À Romans-sur-Isère, le tressage résonne avec une histoire particulière, notamment incarnée par Stéphane Kélian, que Tine Collard a eu l’occasion de rencontrer l’été 2025 à la boutique lors de sa venue. Nouvelle Lune ne reproduit pas cet héritage : elle le transpose dans une silhouette contemporaine.
Une manière de rappeler qu’un savoir-faire ne reste vivant que lorsqu’il continue à être pratiqué, déplacé et réinterprété.
Dans l’atelier, cette histoire locale ne se raconte d’ailleurs pas uniquement à travers les gestes. Elle se lit aussi sur certaines machines à coudre. Plusieurs d’entre elles proviennent des anciens ateliers Jourdan : récupérées puis restaurées, elles ont retrouvé une activité chez Nodie’s. Dans l’atelier, certaines machines portent encore une plaque Charles Jourdan et le numéro de téléphone de l’époque.
Le symbole est fort dans une ville marquée par Charles Jourdan : plutôt que de remplacer systématiquement l’ancien matériel par des équipements neufs, Nodie’s remet en service des machines conçues pour durer et continue à fabriquer avec elles, à quelques rues de l’histoire industrielle qui les a vues travailler.
Un patrimoine qui n’est donc pas seulement exposé ou raconté : il continue à produire.

