Toutes les légendes sont nées quelque part. Celle de Jaeger-LeCoultre a commencé dans une vallée reculée, au cœur des montagnes du Jura suisse, où des réfugiés huguenots fuyant les persécutions religieuses se sont installés au XVIe siècle. Cette région leur réservait son lot de défis : en effet, comment tirer sa subsistance de ses paysages, magnifiques mais hostiles, recouverts de forêts denses, transis par des hivers rigoureux, exigeant résilience, détermination et ingéniosité ? De génération en génération, leur débrouillardise s’est conjuguée à la créativité, forgeant leur caractère, à l’image du fondateur de l’atelier horloger LeCoultre en 1833.
Les débuts de la Maison furent marqués par une succession ininterrompue d’inventions : nouveaux outils de production, première manufacture intégrée, mise en place de procédés de fabrication innovants et complications jamais vues. Une dynamique qui s’est traduite au fil des années par plus de 430 brevets et qui reste aujourd’hui aussi vive qu’au premier jour : véritable Manufacture-Atelier, Jaeger-LeCoultre réunit actuellement sous un même toit 82 postes de travail, 108 métiers et 69 savoir-faire emblématiques.
Avec « La Vallée des Inventions », son thème pour l’année 2026, la Grande Maison célèbre un héritage ancré dans son environnement : un cadre exceptionnel dont le relief et le climat ont façonné le tempérament d’hommes et de femmes à l’origine d’innovations qui ont, à leur tour, marqué l’histoire de l’horlogerie.
I – DU XVIE AU XIXE SIÈCLE : LA GENÈSE DE L’HORLOGERIE DE PRÉCISION
La recherche de la précision absolue constitue l’un des grands moteurs de l’art horloger, et ce depuis la mise au point des premiers dispositifs de mesure du temps par les civilisations antiques. Avec l’arrivée des instruments mécaniques au milieu du XIVe siècle, elle n’a fait qu’accélérer : des technologiques de plus en plus sophistiquées ont permis le développement de montres suffisamment petites pour être transportées dans la poche. Leur taille réduite exigeait une minutie encore plus grande dans le façonnage des composants, mais aussi dans l’architecture et l’assemblage des mouvements. Dans la Vallée de Joux, Antoine LeCoultre allait porter cette quête à des niveaux jusqu’alors inimaginables.
Des étés dans les alpages, des hivers au coin de la forge
En 1559, fuyant les persécutions dans sa France natale, Pierre LeCoultre arrive dans la vallée. À cette époque, cette région située à 1 000 mètres d’altitude et entourée de montagnes est encore sauvage et recouverte de forêts. Pierre acquiert les droits d’un terrain, qu’il défriche pour y établir une ferme. En 1612, son fils, qui porte le même nom, y bâtit une chapelle qui donne naissance au village du Sentier, où la Maison Jaeger-LeCoultre est toujours implantée aujourd’hui.
Pendant les mois les plus chauds, la vie dans la Vallée de Joux est rythmée par l’agriculture : les pâturages fertiles nourrissent le bétail, tandis que l’élevage laitier, en particulier la production de lait et de fromage, constitue la principale source de revenus des familles. Cependant, l’isolement et le climat rigoureux imposent un rythme qui suit strictement les saisons et, lorsque l’hiver arrive, les fortes chutes de neige et les températures négatives font cesser toute activité agricole pendant de longs mois. Contraints à l’autonomie, de nombreux habitants installent une forge dans leur chalet afin de développer une source de revenus complémentaire. La forge remplace la faux ; l’ingéniosité naît de la nécessité. Développant un goût pour la précision et le souci du détail, modelé par la patience, la persévérance et l’isolement, ils commencent à se spécialiser dans la fabrication de petits objets très minutieux, tels que les lames, les boucles, les serrures ou les poignées. Certains, profitant de la saison morte pour parfaire leurs compétences, se tournent naturellement vers l’horlogerie.
Dix générations après l’arrivée de Pierre dans la Vallée de Joux, Antoine LeCoultre, âgé de 16 ans, rejoint son père dans la petite forge familiale, où ils développent de nouveaux alliages et perfectionnent les goupilles et les lames vibrantes des boîtes à musique. En 1823, ils se mettent à produire des rasoirs à partir d’acier trempé extrêmement solide, puis conçoivent un ciseau d’horlogerie avec la même méthode. Au cours des hivers glacials, Antoine commence aussi à apprendre par lui-même l’art de l’horlogerie.